L'histoire de la Sainte Chapelle (Paris)

M. Michelet, racontant dans sa nouvelle Histoire de France les élans religieux et la vie de Saint Louis, dit :
« Ces pieuses larmes, ces mystiques extases, ces mystères de l'amour divin, tout cela est dans la
merveilleuse petite église de Saint Louis, dans la Sainte-Chapelle : église toute mystique, toute architecture, qu'il fil bâtir,
au retour de la croisade, par Eude de Montreuil qu'il y avait mené avec lui. Un inonde de religion et de poésie,
tout un Orient chrétien est en ces vitraux, fragile et précieuse peinture que l'on néglige trop et que le vent emportera quelque jour »

Louis IX éleva la Sainte-Chapelle pour recevoir plusieurs reliques précieuses qui lui avaient été envoyées par Baudouin, empereur de Constantinople, elle fut commencée vers l'année 1242 et achevée en 1248. Comme on l'a vu elle fut bâtie par Eude de Montreuil, le plus habile architecte de ce temps, celui qui a fait valoir avec le plus de goût les formes élégantes de l'architecture sarrasine.

Celle petite église est double ou à deux étages, la chapelle inférieure était destinée aux habitants de la cour du Palais, et dédiée à la Vierge. La chapelle supérieure, destinée au roi et à ses officiers, portait le titre de Sainte-Couronne et de Sainte-Croix
.

Elle est longue de 110 pieds, et large de 27 pieds. La hauteur des deux étages, depuis le sol inférieur jusqu'au sommet de l'angle du fronton, est de110 pieds. Ainsi la hauteur totale égale la longueur, ce qui donne à cet édifice une élévation d'un effet imposant. On évalue à plus de six millions de notre monnaie la somme des dépenses de Saint Louis pour celte chapelle et pour les reliques qu'elle renfermait. Dans l'intérieur on voyait, aux deux côtés de l'entrée du chœur, deux autels décorés de deux tableaux en émail, divisés chacun en plusieurs sujets représentant la Passion de Jésus Christ. Au bas de l'un de ces tableaux étaient la figure en pied de François 1er, et celle de Claude son épouse, au bas de l'autre, celle de Henri II et de Diane de Poitiers, sa maîtresse.

La Sainte Chapelle (le Magasin Pittoresque 1834)


La Sainte Chapelle, le Reliquaire du XIIIe siècle (CP du )
Ces émaux précieux furent exécutés par Léonard de Limoge. Si d'après les dessins de Primatice, ils ont été transférés au musée des Petits-Augustins. Sur le principal autel s'élevait une châsse ayant, en petite proportion, la forme exacte de l'édifice de la Sainte-Chapelle.

Elle était de vermeil, enrichie de pierreries, et contenait, à ce qu'il parait, les ossements de Saint Louis . Au-dessus était une autre châsse plus grande, en bronze doré, près de laquelle on arrivait par deux petits escaliers, elle contenait toutes les reliques que Saint Louis acheta de l'empereur Baudouin. On voyait dans cette même chapelle, à gauche en entrant, un bas-relief représentant une Dame de pitié, du célèbre Germain Pilon.

Le trésor de la Sainte-Chapelle renfermait une grande quantité d'objets riches et curieux : une grande croix de vermeil que Henri III fit fabriquer, dans laquelle était un morceau de bois de la vraie croix, le buste de saint Louis, couronné grand comme nature, tout en or, enrichi de pierreries et soutenu par deux anges de vermeil, le bâton du chantre de celte chapelle, orné d'une agate gravée représentant le buste de l'empereur Titus, auquel on ajouta deux bras en vermeil, dans l'une des deux mains on mit une couronne d'épines, et dans l'autre une croix, et les fidèles contemplèrent Saint Louis dans ce buste de l'empereur romain. On voyait encore, dans le trésor, des livres d'église dont les couvertures étaient enrichies d'or et de perles, un calice d'or avec sa patène de même métal, deux burettes en cristal de roche, une grande croix tout en or, couverte de filigrane et de pierres précieuses.

L'objet le plus curieux pour les amis des arts qu'il contint est un célèbre camée en agate-onyx. On ne connaît pas de camée d'une aussi grande dimension : sa forme ovale a près d'un pied de longueur sur dix pouces de largeur. Il représente l'apothéose de l'empereur Auguste, gravée en relief, et composée d'un grand nombre de ligures. Il fut donné à la Sainte-Chapelle par Charles-Quint
.

Pendant l'incendie qui éclata au Palais , le 7 mars 1618, l'agate fut rompue en deux parties. Elle a été réparée, et on la voit aujourd'hui dans le cabinet îles antiquités de la bibliothèque royale. Saint Louis fit construire dans ce Trésor île la Sainte-Chapelle, un lieu sur et commode pour y déposer sa bibliothèque, composée de livres pieux, et notamment des écrits des Saints Pères qu'il avait fait copier.

On montre encore, au midi la petite église, une étroite cellule qu'on croit avoir été l'oratoire du roi. La Sainte-Chapelle était surmontée d'une flèche ou clocher, ouvrage remarquable par sa hardiesse et sa légèreté. Avant In révolution, on a été obligé de la démolir parce qu'elle menaçait de tomber. Le clergé de l'église était composé de cinq chapelains et de deux marguilliers, diacres ou sous-diacre. Saint Louis leur assigna des revenus considérables, que lui et ses successeurs augmentèrent. Le premier dignitaire fut d'abord appelé maître chapelain, puis maître gouverneur, puis trésorier, ensuite archichapelain; sous François 1er, il prit le titre prétentieux de pape de la Sainte-Chapelle. Pendant la nuit du vendredi au samedi saint, il se célébrait, dans cette église, une cérémonie où venaient tous les possédés, afin de se faire guérir par la vue du bois de la vraie croix, qui était montré dans cette nuit solennelle.

Depuis près de vingt-cinq ans la Sainte-Chapelle a cessé d'être consacrée au service divin, ce bâtiment a reçu une autre destination, il contient une partie des archives du royaume, et la série des monuments judiciaires de la Collection des registres du parlement, ces pièces sont rangées avec un ordre admirable, les armoires où elles sont déposées occupent une grande partie de la hauteur de l'édifice, ce qui cache toute l'architecture intérieure

Boileau fut enterré, en 1711, dans l'église basse de la Sainte-Chapelle de Paris , au-dessous de la place même occupée parle Lutrin qu'il a rendu si fameux. Ce Lutrin était placé dans le chœur de cette église basse. La querelle qui fait le sujet du poème héroï-comique de Boileau n'était pas une fiction, elle eut réellement lieu, en 1667, entre le trésorier de la Sainte-Chapelle, Claude Auvry, ancien évêque de Coutances, et le chantre, nommé Jacques Barrin.


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Création : mars 2013

Copyright Guy JOLY

Source le Magasin Pittoresque 1834 Tom 2 + carte postale