biographie de Louis Adolphe Thiers


Louis Adolphe Thiers

Louis Adolphe Thiers
né à Marseille le 15 avril 1797
décédé à Saint Germain en Laye le 22 mai 1877 à Bourg

 


Louis Adolphe Thiers né à Marseille le 15 avril 1797, mort le 22 mai 1877 à Bourg , au sortir des orages de la révolution française, et à la veille du consulat et de l'empire dont il devait être l'historien le jeune Louis Adolphe Thiers entra, en 1809, comme boursier au collège de sa ville natale, et étonna maîtres et élèves par sa rare précocité. L'académie d' Aix où il eut pour condisciple le célèbre historien Mignet, demeuré son ami de tous les temps, n'a pas oublié le concours dans lequel il obtint, en dépit de ses juges alarmés de ses opinions libérales, deux fois le prix par un double mémoire sur le moraliste Vauvenargues. Trois ans après, vers la fin de 1821, il se rendit à Paris où il fut attaché à la rédaction du Constitutionnel, et prit rang parmi les journalistes les plus renommés de la restauration. Son nom demeure inséparablement lié à celui d' Armand CarreL dans les souvenirs de cette époque illustrée par une double renaissance politique et littéraire.

La révolution de 1830 fit de lui un député, puis un ministre du roi Louis Philippe. Tantôt l'allié, plus souvent l'adversaire d'un autre glorieux parvenu, M. Guizot, dans les luttes de la tribune. Il s'y révéla comme un orateur par une merveilleuse facilité de parole, et par les inépuisables ressources d'un esprit apte à tout comprendre, à tout expliquer.

" C'est, écrivait un bon juge, le caustique Timon , une sorte de talent à part qui ne ressemble de près ni de loin à personne. Ce n'est pas de l'oraison, mais de la causerie, vive, brillante, légère, animée, semée de traits historiques, d'anecdotes et de réflexions fines, et tout cela est dit, coupé, brisé, lié, délié, recousu avec dextérité de langage incomparable. La pensée naît si vite dans cette tête là, qu'on dirait qu'elle est enfantée avant d'avoir été conçue. Sa parole vole comme l'aile de l'oiseau-mouche, et vous perce si rapidement qu'on se sent blessé sans savoir d'où le trait part. Il s'arrête quelquefois tout à coup pour répondre aux interrupteurs, et il décoche sa réplique avec une prestesse d'à-propos qui les étourdit ".

Mais la qualité maîtresse de Louis Adolphe Thiers, c'est cette clarté souveraine, éminemment française, qu'il sait répandre sur tous les sujets, finances, politique, administration, guerre, et où son éloquence rejoint sans efforts les modèles les plus admirés de la tribune antique.
 

La révolution de 1848 fit éclater sous un aspect nouveau le talent de Louis Adolphe Thiers, devenu le défenseur de la société menacée par les sophismes socialistes. La république dura peu. Le second empire, sorti de l'ombre néfaste du 2 décembre 1831, exila d'abord M. Thiers, et dut se résigner plus tard à écouter en lui l'apologiste des libertés nécessaires, dont l'avènement trompeur fut le prétexte du plébiscite qui devait renouveler la dictature impériale et mener la France à sa ruine. L'histoire dira l'effort surhumain tenté par M. Thiers pour arrêter le gouvernement sur la pente d'une guerre aussi funeste qu'insensée. Le 16 juillet 1870, il fit entendre à la tribune du Corps législatif des avertissements prophétiques cent fois interrompus par les imprécations d'une majorité servile qui demeure à jamais responsable des désastres de notre pays. Ecoutons M. Thiers lui-même dans l'éloquent récit qu'il a donné de cette journée :

" Je voyais un orage prêt à fondre sur nos têtes ; Mais j'aurais bravé la foudre avec la certitude d'être écrasé, plutôt que d'assister impassible à la faute qui allait se commettre. Je me levai brusquement ; je jaillis si je puis dire, et de ma place je pris la parole. Des cris furieux retentirent aussitôt. Cinquante énergumènes me montraient le poing, m'injuriaient, disaient que je déshonorais mes cheveux blancs. Je ne cédai pas. De ma place je courus à la tribune où je ne pus faire entendre que quelques paroles entrecoupées… J'étais sur que si nous gagnions vingt-quatre heures, tout serait expliqué et la paix sauvée. On ne voulut rien entendre, rien accorder, sauf toutefois une réunion de quelques instants où rien ne fut éclairci. La séance recommença et avec elle le tumulte. Je fus insulté de toutes parts, et les députés des centres, si pacifiques les jours précédents, intimidés, entraînés dans le moment, s'excusant de leur faiblesse de la veille par leur violence d'aujourd'hui, votèrent cette guerre qui est la plus malheureuse certainement que la France ait entreprise dans sa longue et orageuse carrière ".
 

Après la chute de l'empire et les désastres inouïs qui l'avait précipitée, M. Thiers, ne consultant que l'intérêt du pays, accepta du gouvernement formé le 4 septembre 1870, la pénible mission d'aller chercher des alliés à la France, à l'heure des revers. Il visita rapidement les principales cours de l'Europe, recueillant partout de stériles témoignages de sympathie pour nos malheurs. La capitulation de Paris lui réservait une mission plus douloureuse encore, celle de signer la paix de Versailles qui consacra le démembrement de la partie. Les troubles de la commune creusèrent plus profondément l'abîme où se débattait le sort de notre pays, ballotté de la guerre étrangère à la guerre civile. M. Thiers fut le libérateur de Paris opprimé par une odieuse faction, et n'y rentra que pour voir nos monuments incendiés et sa maison en ruine. Mais tirons un voile sur tant de tristes souvenirs… Nommé beaucoup plus tard, au milieu des plus terribles circonstances (1870-1871), chef du pouvoir exécutif, puis président de la République Française, consacra encore au service de son pays les dernières années de sa vie et les ressources d'une intelligence sur laquelle la vieillesse n'avait pas de prise, commença par chercher quelques temps sa voie, se fit journaliste et critique d'art, et publia enfin sa vivante Histoire de la Révolution Française (1825-1827). Mais c'est surtout dans son Histoire du Consulat et de l'Empire (1845-1862) qu'il fit preuve d'un merveilleux talent. Il faut encore citer de Thiers le livre de la propriété, une étude sur Law et surtout des discours parlementaires dont les meilleurs sont d'une éloquence aussi pleine et aussi pressante qu'aisée, simple et limpide.  

Louis Adolphe Thiers

date de création : le 15 mai 2008
Copyright JOLY Guy

source: texte et potrait issus du livre L'Ami de la Jeunesse et des Familles de décembre 1873

Biographie de Adolphe THIERS