![]() ![]() l'Amiral COURBET Anatole Amédée né à Abbeville le 26 juin 1827 décédé le 11 juin 1885 près des îles Pescadores |
Le 26 juin 1827, naissait à Abbeville Anatole Amédée COURBET. Il appartenait à une de ces familles honorables de négociants et commerçants, chez lesquelles une probité scrupuleuse est l'inséparable compagne de travail et de l'observation des devoirs du chrétien. Aussi, élevé dans un milieu où la religion présidait à tous les actes de la vie, ayant sous les yeux la pratique qu'imposé la foi, il ne devait jamais oublier les croyances de son enfance. Loin des siens, ce furent ces croyances qui, sans cesse, les rapprochaient de lui. Il dut aux principes solides reçus dans la famille, d'élever sans cesse son esprit au-dessus des choses de la terre, et d'accepter avec la même tranquillité d'âme les honneurs, les dangers et la mort. Anatole Amédée COURBET, qui, après quelques années d'études, dans lesquelles il sut affirmer particulièrement sa force de volonté, entrait le sixième, l'Ecole Polytechnique en 1847. En sortant de cette école , il demanda la marine, une vocation qu'il n'avait pas soupçonnée plus tôt se révélait. Les lointains voyages, rompant l'uniformité de la vie, plurent à cet esprit qui, à la netteté des idées, joignait un besoin d'activité et un désir de connaître même, et surtout peut-être, l'inconnu. Et puis, ce chrétien voulait aller aux extrémités du monde admirer Dieu dans son œuvre. Anatole Amédée COURBET a gravi tous les échelons d'une brillante carrière maritime en apportant partout la marque d'un labeur acharné et d'un dévouement sans limites dans l'accomplissement des grandes missions qui lui furent confiées. Enseigne sur la Capricieuse, il passa ensuite, en qualité de second, sur le Coligny. Très travailleur, il attira bien vite sur lui l'attention et fut choisi comme instructeur de l'École des canonniers du Monte-bello. De là, il devint Directeur de l'École des torpilles. Dans ce poste, où il fut un travailleur infatigable, il rendit d'éminents services. On reconnut en lui, comme l'a dit Mgr Freppel, l'homme qui, sans négliger les vues d'ensemble, n'oublie aucun détail dans l'accomplissement du service. Ce qui le distinguait surtout, c'était son énergie de caractère, jointe à un sentiment de la justice qui le fit aimer de ses subordonnés, et ce mélange d'audace et de prudence, qui lui fit, dans les jours de combat, assurer le succès par sa prévoyance et l'obtenir par une action prompte et sûre. On le vit, sur le Richelieu et Le Solferino, assistant à la messe du bord un livre à la main, recueilli comme un pénitent à l'église. Cette piété du chef, qui, naturellement, gagnait les matelots, n'était pas née seulement de ce sentiment d'un perpétuel danger auquel sont sans cesse exposés les hommes que quelques planches séparent de l'abîme et de la mort. Non, elle tenait chez Courbet à une conviction profonde : « La religion, a dit Mgr Freppel, lui apparaissait comme une doctrine, la plus positive de toutes et la seule capable de trancher souverainement les questions capitales de l'origine et de la fin de l'homme ». Anatole Amédée COURBET fut un philosophe, dans ce que la philosophie a de plus élevé, et un patriote dans ce que le patriotisme a de plus dévoué. Ses voyages et son amour de la France l'avaient porté à rêver pour son pays la reconstitution d'une puissance coloniale réparant les pertes de la guerre continentale et relevant son prestige dans le monde. Porter au loin le drapeau français, le faire respecter et aimer, unir étroitement les colonies à la mère-patrie, par la communauté des intérêts, c'était là, en effet, un rêve digne de cette belle intelligence et de ce grand cœur. Aussi accepta-t-il avec empressement le poste de gouverneur de la Nouvelle-Calédonie. La campagne du Tonkin et la guerre de Chine, auxquelles il a prit part à différents titres, devaient hâter le dénouement d'une maladie dont il souffrait depuis longtemps, et qu'il avait contractée dans une expédition aux Antilles. Il refusa de se soigner avant d'avoir mené à bien la lourde tâche qui lui incombait, et il mourut ainsi le 11 juin 1885 à bord d'un vaisseau amiral « le Bayard », près des îles Pescadores. Sa mort fut un véritable deuil national. On décida que le Bayard ramènerait en France son amiral, et qu'avant d'être conduit à Abbeville, le corps s'arrêterait aux Invalides. Ces honneurs rendus au héros chrétien, nous voulons les rappeler, car tout passe si vite, que, pour ceux mêmes qui y ont assisté, ils ne sont plus guère qu'un vague souvenir. Ce fut le 29 août 1885 qu'eut lieu, aux Invalides , une cérémonie qui, bien que religieuse aussi, avait un aspect particulièrement militaire. Jamais on n'avait vu, peut-être, un aussi grand déploiement de troupes, une aussi nombreuse assistance d'officiers des armées de terre et de mer. Les soldats sont en grande tenue, sac au dos. Derrière le piquet d'honneur, les marins et les sous officiers du Bayard. Le corps est dans l'église, sous un superbe catafalque. La grande nef a ses colonnes entourées de trophées maritimes, au milieu desquels se détachent les initiales du glorieux défunt. Au-dessus, le nom des victoires remportées. Autour du catafalque, sont les amiraux. Dans le chœur, les membres du gouvernement et du Corps diplomatique. Au second rang, des généraux, massés avec les maréchaux en grand uniforme. Dans l'église, les évêques, les prêtres, les missionnaires se sont groupés pour prier ensemble. A midi, une salve de onze coups de canon annonce que la messe commence. La cérémonie finissait à une heure. Alors a lieu devant le cercueil le défilé des troupes. Le premier, le général Bonnet, passe et abaisse son épée, à chaque défilé, les épées des chefs de Corps, les drapeaux font au mort ce dernier et fraternel salut. L'armée, représentant la France, disait adieu à l'un de ses plus vaillants soldats. Mais, à Paris, c'est l'homme de guerre que l'on vient d'honorer. Tandis qu'à Abbeville, si nous allons retrouver encore l'hommage rendu à un illustre officier, nous y verrons surtout le sentiment chrétien et le véritable regret qu'inspiré l'affection. La cérémonie aura quelque chose d'intime, tout en restant grandiose, quelque chose de familial, car la municipalité veut montrer qu'un lien étroit, un pacte d'alliance unira pour toujours ce fils de la cité à tous les habitants de la ville. Abbeville, qui, dans des fêtes inoubliables, inaugura, en 1890, le monument élevé par souscription nationales sur sa plus belles place, à la gloire de COURBET, célèbrera le 26 juin 1927 le centenaire de la naissance d'un de ses plus illustres enfants. Aux cérémonies civiles, militaires et religieuses s'ajoutera un grand cortège historique. Sur la maison où est né Anatole Amédée COURBET, au n° 21 de la rue de l'Hôtel-de-Ville, on a placé une superbe plaque de marbre avec cette inscription : DANS CETTE MAISON EST NÉ, LE 26 JUIN 1827 COURBET, VICE-AMIRAL GRAND OFFICIER DE LA LÉGION D'HONNEUR DÉCORÉ DE LA MÉDAILLE MILITAIRE COMMANDANT EN CHEF DE LA FLOTTE FRANÇAISE DANS LES MERS DE CHINE. MORT LE 12 JUIN l885 A BORD DU VAISSEAU AMIRAL LE « BAYARD » A MÉKUNG (ILES PESCADORES). PLAQUE COMMÉMORATIVE POSÉE EN EXÉCUTION DE LA DÉLIBÉRATION DU CONSEIL MUNICIPAL D'ABBEVILLE DU l5 JUIN l885. |
![]() Le « BAYARD » VAISSEAU AMIRAL de COURBET qui rapporta ses restes en FRANCE. | ![]() SÉPULTURE DE LA FAMILLE COURBET dans le cimetière d'ABBEVILLE. |